Article paru dans L’ALSACE du 27/04/2009
Visite végétale.
Le tour des plantes de Schoppenwihr en quatre saisons rêvées.
Une Mulhousienne a trouvé un trésor chez une pépiniériste anglaise lors de la fête des plantes rares qui s’est déroulée ce week-end au parc de Schoppenwihr. D’autres merveilles étaient à découvrir dans ce jardin enchanté mêlant les essences comme les latitudes, les pays d’origine comme les couleurs et les odeurs. Visite en quatre saisons – totalement imaginaires – dans un parc riche en surprises. À la saison des succulentes, on découvre la fin des plantes grasses et l’apparition des plantes résistantes à la chaleur comme au froid, capables d’orner une falaise ou un toit. La saison des bonsaïs est celle des petits formats nourris en petits pots avec soin par les passionnés d’une association rouffachoise. Celle du
jardin anglais invite à un voyage d’arbustes colorés et odorants pour se mettre à l’ombre en été. Et notre année rêvée se termine à la saison des arômes où il est question de menthe-banane et de basilic cannelle…
• La saison des succulentes.
“Issues des familles de crassulacées, de cactées rustiques et d’aizoacées, les petites plantes grasses à la rosette toute resserrée, nées en altitude, s’acclimatent bien ici”, assure François Gouin, pépiniériste en Dordogne. Dans un sol bien drainé, en plein soleil, mais aussi par moins 15°. Vert pâle ou brun tendre, elles explosent de fleurs en étoile rose de juin à octobre. Détail : on ne parle plus de plantes grasses mais de plantes succulentes.
• La saison des bonsaïs.
Dès
le printemps, ils demandent une alimentation quotidienne. Apparus en Chine et au Japon, où ils sont déclinés en tronc droit, incliné ou double, les bonsaïs de
Rouffach sont nés de prélèvements en forêt alsacienne, avec accord de l’ONF, énigmatiques sexagénaires nourris en petits pots.
• La saison du jardin anglais.
“Moins carré qu’un
jardin à la française, un peu comme un jardin de curé., c’est un mélange d’arbustes au feuillage persistant et de plantes vivaces aux floraisons qui se succèdent. Comme l’euchera, improprement appelé désespoir du peintre, qui est en fait le saxifraga umbrosa”, prévient
Jane Phillips. La pépiniériste anglaise ajoute des géraniums vivaces et, “pour le parfum”, des rosiers anciens et des viornes qui fleurissent au début du printemps.
• La saison des arômes.
Leurs parfums se confondent délicieusement. Et leurs noms font frémir les papilles : menthe-bergamote, menthe-gingembre, menthe-banane, basilic cannelle. Ce ne sont pas des chocolats de pâtissier imaginatif mais des plantes aromatiques, médiévales pour certaines, hybrides récents pour d’autres. Veillent sur ces merveilles la menthe crispée et le thym hirsute.
Texte Anne Vouaux
Photo L’ALSACE – Dominique Gutkunst
Article
DNA du 26/04/2009
Florilège de printemps
Depuis hier sous le soleil et jusqu’à ce soir, à partir de 9 h, plus d’une soixantaine d’exposants. Belles variétés, narcissiques ou modestes, sont au rendez-vous de la fête des plantes de Schoppenwihr. Dans un cadre idéal et jusqu’à ce soir, des espèces à regarder, à sentir ou à manger.
La famille de Watteville a eu une idée de génie : son parc aux arbres plus que centenaires offre un écrin propice aux pépiniéristes et aux amateurs, pour certains collectionneurs passionnés, et lui assure son succès, témoin l’affluence dès hier matin aux portes du domaine.
PRIMEVÈRES. François de Watteville avait prévenu : les “primroses” – primevères – de David Lawson, architecte à l’origine devenu spécialiste du genre, créent l’évènement. Ce samedi matin, les acheteurs se succédaient sans presque discontinuer. 1 000 primevères et auricules (c’est presque pareil) sur ses étals ont eu les faveurs de cette fleur : « Elle s’adapte à tous les terrains, certaines sont de vrais bijoux, et ce n’est pas compliqué », a résumé David Lawson.
FAN DE ROSES. Alain Tellier, d’Heidwiller, dans le Sundgau, fréquente depuis près de cinq ans la fête de Schoppenwihr. Il collectionne depuis à peu près la même époque les roses anciennes, en a précisément 330. « C’est une réunion de passionnés, il y a un vrai échange, apprécie-t-il. Il a déniché, entre autres, un rosier buisson aux fleurs vertes, de 1 800 et des poussières. Alain Tellier était là à 9 h mais l’assure : l’an prochain, il arrivera encore plus tôt.
A MANGER. Chrysanthème comestible, basilic grec, bourache… les plants de légumes du maraîcher Yannick Loubet sont bios et “fixés”, comprendre qu’il s’agit de variétés anciennes, non transformées génétiquement.
Une centaine de plants de tomates attendent la clientèle de fidèles – le samedi voit revenir les habitués -. « C’est plus facile à cultiver, il vaut mieux ne pas les tailler, explique Yannick Loubet, de Ruffey-les-Beaune. En général il faut quand même reexpliquer, beaucoup ont oublié comment faire ».
AMBIANCE. Une ancienne grange dans le corps de ferme abrite une installation de Fabrice de Los Rios, de l’enseigne colmarienne A Fleur de Pot. Teintes sombres et vieillissantes des vases pour mettre en valeur les couleurs orangée ou vert d’eau des fleurs et végétaux. Il a fallu une semaine d’installation, jusqu’au faux manteau de cheminée. A noter, l’imposante vasque “Médicis” en aluminium brut. L’atmosphère tranche avec les couleurs solaires extérieures, et les nombreuses décorations pour jardin proposées dans les allées, souvent sur le mode du fer forgé faussement rouillé.
GRAINES MILITANTES. Ils sont botanistes-tropicalistes, travaillent pour les musées et oeuvrent dans l’association La voie des Fleurs (Essonne). Bernard Chevreau et Dalila Garah proposent des graines et fruits, comme la fleur bleue de l’arbre du voyageur, l’ivoire végétal, le fruit du raffia… afin de faire connaître la botanique tropicale. L’argent recueilli permet de soutenir les récoltants locaux à Madagascar, au Cameroun, en Equateur, à La Réunion et en Guadeloupe.
CHIENS NON ADMIS. L’interdiction d’entrer avec un chien est tombée à 9 h 30, au motif que des combats de chiens survenus l’année précédente avaient causé des problèmes. Sauf que tous les maîtres passés avant 9 h 30 avec leurs compagnons à quatre pattes n’ont pas été empêchés, suscitant l’incompréhension légitime des suivants.
M. A.-S.
Article DNA du 27/04/2009
Flânerie verte. Les amoureux de la flore avaient l’embarras du choix au parc de Schoppenwihr. Ils sont venus nombreux, très nombreux au parc de Schoppenwihr, les amateurs de belles plantes pour la 29e édition de la fête consacrée aux fleurs et autres végétaux. Les promeneurs se sont livrés à une flânerie verte avant de se perdre dans les 50 hectares de la propriété.
« C’est extraordinaire, il n’y a pas d’autre mot ». François de Watteville, propriétaire du parc de Schoppenwihr et organisateur de la 29e fête des plantes, ne fait pas dans la demi-mesure. « J’avais un peu peur qu’avec la crise, le public viendrait moins nombreux. Mais les pépiniéristes me disent qu’ils font mieux que l’année dernière ». C’était sans compter sur une clientèle alsacienne fidèle et passionnée par les fleurs. « Quand ça va mal, les gens arrêtent les folies et se concentrent sur leur nid. »
Une propriété très grande mais bien aménagée
Dans les allées fleuries du parc, on scrute la perle rare, on se renseigne sur un spécimen, on demande conseil pour son jardin. Au stand colmarien des cactus, plantes grasses et plantes à caudex (le nom d’un organe souterrain leur servant à constituer des réserves d’eau), Jean-Pierre parle fréquence d’arrosage et exotisme. « Les gens sont toujours intéressés par la bizarrerie de la chose, ça intrigue », s’amuse-t-il. Voilà 17 ans qu’il participe à « la plus belle fête des plantes ». L’occasion pour lui de revoir une clientèle régulière d’année en année. « Ils viennent regarder, réservent un ou deux pots puis partent se promener ».
Car le parc de Schoppenwihr ne se résume pas à la fête des plantes. Les visiteurs ont tout le loisir de profiter des 50 hectares verdoyants – sans compter les terres cultivées – pour flâner selon leur envie. « On en entend parler depuis longtemps du parc ». Ce printemps, Élisabeth et Désiré ont fait le déplacement depuis Marckolsheim pour découvrir « une propriété très grande mais bien aménagée ».
« Un grand bol d’air frais »
Couché dans des postures lascives au soleil face aux étangs, à l’ombre pour pique-niquer en famille, il y a de multiples manières de profiter de cet écrin de verdure. « C’est un grand bol d’air frais », savoure Véronique, l’appareil photo en main. « Quand on circule sur la nationale, on est loin de s’imaginer qu’il y a un si bel endroit derrière les arbres ».
Les promeneurs se laissent séduire sans mal par ce paysage d’un autre siècle, « un lieu magique » pour Jacques et Marie-Rose, où ils prennent leur temps. La rêverie terminée, ils regagnent la soixantaine d’exposants pour repartir avec un souvenir de leur après-midi. Et planter chez eux, une pièce de ce décor magnifique.
J-T.W.


Photo DNA – Michel Petry Photo DNA – Julien Kauffmann